Depuis hier, une partie d’Internet s’émeut ou rigole à l’évocation de l’affaire lesoir.be Vs Google. Tout commence avec un édito de Philippe Laloux, responsable du soir.be publié hier matin. Le titre de cet édito utilise une expression accrocheuse mais complétement fausse : « Google bafoue la neutralité du Net ». Or, il n’en est rien, Google ne porte pas du tout atteinte à la neutralité du Net dans le cas d’espèce. Voyons pourquoi.
Petit résumé des faits :
- lesoir.be (via Copiepresse) attaque Google pour violation de droit d’auteur car Google News indexe les articles des différents sites de Copiepresse.
- lesoir.be (via Copiepresse) gagne et Google est condamné par la justice belge le 5 mai dernier.
- Depuis quelques jours, Google a procédé au dé-référencement des différents sites de Copiepresse et donc, concrétement, lesoir.be et les autres sites de Copiepresse n’apparaissent plus dans les résultats de recherche de Google.
D’aucuns diront que lesoir.be n’a aucune raison de s’offusquer (et j’aurais bien du mal à leur donner tort). Finalement, ils ont eu ce qu’ils voulaient mais sans doute ne s’attendaient ils pas à une réaction aussi brutale du géant américain. À moins que ce qu’ils voulaient vraiment dans l’histoire, ce soit de trouver un arrangement financier pour que le géant puisse continuer à proposer des liens vers les sites et articles du quotidien en ligne … Vaste question sur laquelle je ne m’attarderais pas. Là n’est pas mon propos.
Non, ce qui justifie cet article, c’est la confusion grossière créée par l’édito de Philippe Laloux qui accuse Google de porter atteinte à la neutralité du Net.
Pour bien comprendre où se situe l’escroquerie intellectuelle, répondons d’abord à la question simple : qu’est ce que la neutralité du Net ? Il en existe plusieurs définitions mais si l’on veut rester simple : il s’agit de la liberté pour chacun de fournir et d’accéder à n’importe quel contenu et service de son choix depuis n’importe où. Pour reformuler, tous les internautes voient le même Internet.
Dans notre cas, Internet n’a pas été modifié. Google a décidé de dé-référencer quelques sites de son index. Google fait bien ce qu’il veut de son service, ça n’empêche personne de consulter/commenter/diffuser les articles du Soir belge.
Soyons bien clair. Il y aurait atteinte à la neutralité du Net si Le Soir n’était plus accessible, ou l’était de manière dégradée, etc or ici, la capacité qu’ont les internautes du monde entier à accéder au site est bel et bien intacte. La neutralité du Net est sauve. Ouf, on respire !
Par contre, Philippe Laloux vient d’inventer un concept novateur : la neutralité de la choucroute. Merci à lui et longue vie à Internet.
Petit bémol. Tout comme n’importe quel acteur jouissant d’une position dominante, google ne peut pas « faire bien ce qu’il veut de son service ».
Sur le sujet qui nous intéresse, même si dans les faits les sites de CopiePresse sont toujours *accessibles*, dans la pratique, ils ne sont plus *visibles* par 95% des gens.
Bien ou mal, que ce soit du coté de Google ou CopiePresse n’est le propos (perso, je trouve la réaction de Google amusante), mais on peut valablement considérer que cette action porte atteinte à une neutralité (qui n’est pas celles des réseaux) à laquelle Google devrait probablement s’astreindre du fait de sa position dominante.
Et pourquoi Google devrait s’obliger à quoi que ce soit ? En vertu de quel code de loi serait on en mesure de reprocher le dé-référencement de certains sites ? Ils le font chaque jour pour maintenir la qualité des résultats.
Je me fais volontiers avocat du diable ici; il y a bien entendu des problématiques importantes derrière l’affaire (droit d’auteur, abus de position dominante, etc) mais on est pas du tout sur le même niveau de registre que la neutralité du Net (liberté d’expression, etc).
Google n’est pas à blâmer dans l’histoire en tout cas. Pour ceux qui laissent penser que Google = Internet, c’est une autre histoire.
Le soir.be fait comme certains journaux de Murdoch. C’est Jeff Jarvis, qui décrit ces comportement débiles : http://www.buzzmachine.com/
Donc tout ce qu’ils voulait, c’était de l’argent, mais google ne fait pas d’argent avec son moteur de recherche : c’est sa vitrine. Et quand on s’attaque au numéro un du moteur de recherche, ça ne lui fait ni chaud ni froid de ne plus référencer un journal : tout le monde ira chez les concurrents.
Il y a 10 ans, c’était le portail du FAI, internet. La moyenne n’a pas beaucoup évolué, maintenant, internet, c’est Google. Il suffit de voir les discussions autour de la suppression de la barre d’adresse dans Chrome
Le déréférencement de sites régulier se fait sur la base de critères techniques appliqués à tous. Je n’ai à priori jamais entendu parler de déréférencement manuel dans google pour aider à une meilleure pertinence des résultats.
Et pour le code de loi, je ne connais aucunement la loi et les coutumes légales américaines, mais je suis certain qu’on peut y trouver un truc. Après, il faut encore que ce soit applicable sur le territoire belge, la c’est une autre histoire
Pour ce qui est de l’intervention « manuelle » chez Google, elle existe bel et bien. Il y a une armée de sur-diplômés qui passent leur journée à tagger des sites.Pour ce qui est de l’intervention manuelle, il semble bien qu’il y en ait une chez Google. Pas systématique, mais j’ai eu ouï-dire que le géant de la recherche employait des gens à repérer les sites qui font du SEO agressif et non détectable par une machine.
Tout ne repose pas sur un algo magique.
Edit : j’édite pour mettre du conditionnel …
Faudra leur parler de tous les sites qui référencent par ex toutes les communes de France et sur lesquels tu tombe invariablement sur les 2 ou 3 premières pages en tapant le nom d’une commune dont le site est mal référencé ou inexistant
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Plusieurs remarques au commentaire de Spyou.
Je ne sais pas d’où tu tires ton chiffre de 95%, mais selon les chiffres que j’ai lu ça et là, Google représenterait entre 25 et 50% du traffic sur les sites d’information désindexés. On est loin des 95% que tu avances, et cela change pas mal de chose.
Par ailleurs, par la nature même d’un moteur de recherche, celui-ci est amené à classer des résultats sur des requêtes et donc à rendre certains sites plus visibles que d’autres. Un moteur de recherche ne peut être neutre, et Google l’est très peu puisqu’il personnalise les résultats de ses recherches. C’est plutôt le contraire de la neutralité, en fait. Et son rôle n’est pas là.
Google a toujours annoncé ne pas vouloir faire d’intervention manuelle dans son algorithme et tente plutôt d’en adapter les paramètres afin de favoriser ce que Google considère comme des résultats de qualités (on est très loin de la neutralité). Ici, Google a été forcé par une action en justice (dans un pays démocratique, qui plus est) à intervenir manuellement dans ses résultats de recherche. Il me semble qu’en ce sens, la demande de Copiepresse viole tout autant la neutralité du net telle que tu la perçois.
Enfin, il est bon de rappeler que Google n’a aucun intérêt financier direct pour désindexer des sites de presse officiels. Mais Google ne peut de permettre de payer des droits à tous les fournisseurs de contenus. Si il acceptait, ce serait la fin d’un internet indexé globalement puisque cela obligerait Google à rétribuer tous les sites web pour reprendre leur contenu. Je ne crois pas quel cela irait dans le sens d’un Internet plus neutre.
Au delà de cela, le concept de neutralité du net ne s’applique pas à la manière dont l’information et structurée (ce que fait Google) mais bien dont l’information est distribuée. Il est impossible de parler de neutralité dans la structuration de l’information, puisque toute structuration de l’information implique des choix qui ne peuvent pas être neutre.
Si on suit bien l’affaire, Google a été condamné par la justice belge à ne plus stocker/archiver les contenus de CopiePresse et des autres sites qui ont participé à cette action en justice.
C’est exactement ce que fait Google, pourquoi le soir.be se plaint ? Ils sont accessibles via Bing, Yahoo (pas dans les 10 premières pages) ou n’importe quel autre annuaire ou moteur de recherche. Le hold up de CopiePresse n’a pas fonctionné, dommage.
Comment penser que Google allait choisir de payer pour référencer du contenu sur Google Actu ou Google Search ?
Alors là, c’est seulement un juste retour des choses. Quesh a tout dit : google n’a fait qu’exécuter la sentence que désirait soir.be.
Pour que rien ne soit plus copié dans les serveurs de Google, il fallait y supprimé, c’est on-ne-peut-plus logique, c’est ce que voulait soir.be, et maintenant c’est chose faite. Je n’ai qu’une chose à dire : lol